Le pont des abîmes

Là-bas, au loin, vers l’horizon, la lune pleine et ronde s’étend sur la mer irisée. Un peu plus loin encore, la nuit prend des airs d’infini.

Accoudé à la balustrade d’un pont, je respire un air iodé clapotant sur les rochers en bas qu’une houle fragile fait échouer calmement.

Je ne me sens bien que seul. C’est un constat simple, évident pour moi, mais que pourtant j’ai tant de mal à faire comprendre à mes contemporains.

J’ai bien réfléchi et tout est là, dans ce regard que je jette au vide sidéral, ici sur ce pont. Il n’est pas question de narcissisme, de snobisme ou de quelconques prétentions, non !

J’ai essayé pourtant, mais je n’y arrive pas. Je leur trouve toujours quelque chose d’agaçant aux gens. Parfois, je m’agace moi-même, de ma façon de me comporter. J’ai voulu jouer l’adaptabilité mais je n’aime plus ne pas être moi. J’ai eu envie qu’on m’apprécie pour ce que je suis et non pas pour ce qu’on voudrait que je sois. C’est comme ça que je me suis retrouvé sur ce pont à jeter mes aigreurs dans les embruns du printemps.

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La fin du temps

De l’impression du temps précieux découle des impatiences derrière lesquelles j’ai couru à m’en arracher les poumons. Trop pressé de vivre comme si la mort était collée à mon cul en ricanant comme une vieille folle hystérique.

J’ai appris à prendre le temps en commençant par le perdre. Ça parait simple comme ça, mais ça n’a pas été facile.

Un jour, alors que j’avais des nerfs dans les jambes et mes doigts qui se faisaient des nœuds, j’ai regardé une montre et j’ai attendu que la grande aiguille fine fasse 60 petits sauts pour me rendre compte que je venais de perdre une minute, j’ai remarqué alors que je n’avais rien perdu. Ce qui était une révélation en soi car j’ai dû en perdre bien plus, mais celle là m’a paru être une bonne perte.

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Emoi

Dans les tempêtes du cœur, frémissent de frêles cloisons de courage qu’une seule phrase insufflée pourrai anéantir comme un regard parfois vous brise de son mépris.

Les bases encore solides tiennent devant la furie des mots-tornades.

On apprend alors à renforcer ses doutes en prévision du prochain souffle dévastateur, pas de fuite, pas de feinte, juste une fine couche de sentiments qui se renforce dans l’émoi qu’ils suivent.