Le mur des angoisses

J’en ai marre d’avoir besoin d’écrire pour évacuer mon malaise face à la situation actuelle de notre monde qui ne cesse de se regarder en chien de faïence avec les crocs de plus en plus acérés.

Je ne suis expert en rien, je me suis bien un peu spécialisé dans l’hédonisme mais je ne saurais en devenir un conseiller précieux. C’est peut-être pour protéger ce mode de vie que je me mets en colère. Comme un lion dérangé pendant sa sieste, je grogne un peu pour tenter d’écarter les emmerdeurs. Mais rien n’y fait, ils s’approchent toujours un peu plus près.

Je suis inquiet. Pas paranoïaque de nature mais inquiet de l’évolution que prend cette quête de l’horreur, cette conquête de l’aigreur. Chaque semaine apportant son lot de terreur avec des actes de plus en plus fous. J’observe compulsivement depuis mon canapé, téléphone à la main, surfant de chaînes d’infos en continu qui n’ont rien à dire à twitter qui en dit trop et dans mon ventre je sens la rage et l’impuissance. Je suis comme hypnotisé par ce flux d’information, j’ai besoin de savoir, je cherche à comprendre. Je comprends rien ! J’ai envie de descendre dans la rue, de crier « Bon ! On fait quoi maintenant ? » Rien, on ne fait rien, car dans la rue, il n’y a rien, rien que la vie qui continue et les regards sombres de mes contemporains qui s’éloignent vers leur destin respectif.

Faut arrêter de dire qu’ « on n’a pas peur ! » Si, on a peur, moi j’ai peur. Pas au quotidien, pas une peur omniprésente, mais je me dis qu’on se dirige droit vers un conflit sur notre propre territoire, quand tout le monde aura fini de se détester en vociférant des imbécilités et que les mots ne suffiront plus à traduire cette haine grandissante.
Peur qu’un taré voulant semer la mort se retrouve sur mon chemin, sur celui de ma femme, sur celui de mes proches. J’ai peur de ressentir la douleur de la perte d’un être cher, de me sentir désarmé fasse à ça, enragé, assoiffé de haine à mon tour.

Je suis en colère aussi, en colère car démuni face à ces fanatiques déterminés à faire de notre vie un cauchemar. J’ai l’impression plus que jamais d’être inutile, impuissant, que tout ce que je pourrai faire ne serait qu’un sillon fragile sur le lac de haine et de folie qui s’étend à perte de vue. Doit on attendre que nous soyons tous assez divisés pour nous retrouver dans la rue à se jeter des pierres ? Doit-on attendre une guerre civile ? Une révolution orgueilleuse de notre peuple qui souffre de ne pouvoir venger ses morts ? Oui venger, et pas en frappant la Syrie ou l’Irak, se venger de nos gouvernants qui n’ont pas fait ce qu’il fallait depuis 30 ans, qui ne se rendent pas compte du fossé qu’ils ont creusé dans les cités, dans la population en générale, c’est un gouffre ! En même temps, si le gouvernement n’allait pas bombarder l’Etat Islamique, on le traiterait de laxiste. D’ailleurs, on le traite tout le temps de laxiste, quoi qu’il fasse. Je pense que n’importe quel gouvernement serait désemparé face à ça.

Il y a aujourd’hui comme je l’avais écrit précédemment, une dictature de l’émotion qui aveugle le jugement de chacun d’entre nous et il faut une certaine force de caractère pour pouvoir revenir à une réflexion juste et saine. Certains perdent tout sens commun fustigeant toutes idées républicaines ou toutes solutions pacifiques. On entend ici et là des citoyens trop virulents réclamer des mesures radicales nous rappelant un passé peu glorieux. Je commence à peine à effleurer l’ambiance délétère qui pouvait régner en ces temps là et je ne peux m’empêcher de me dire que ça peut se produire à nouveau, d’ailleurs, ça se produit déjà.

Pourtant, je pense que c’est précisément maintenant qu’il faut être pacifique et réfléchi. Quand on dit pacifique, on imagine toujours des joyeux hippies prônant l’amour universel, non, je parle d’un pacifisme de raison. On peut être ferme et pacifique, être déterminé et pacifique, ne pas courber l’échine et être pacifique. On a juste d’autres arguments que des poings serrés et des envies de meurtre. Rendre une gifle quand on prend une gifle ne mène qu’à une escalade de la violence, il faut se demander pourquoi on prend une gifle et comment éviter que quelqu’un veuille nous en remettre une un jour. On ne combat pas une idéologie avec des armes lourdes, on la combat avec une autre idéologie, la notre, la démocratie, la vraie, celle qu’on bafoue, qu’on étouffe, qu’on a perverti, il faut lui redorer son blason, la porter à nouveau fièrement comme un étendard. Quand j’entends Jean-Marie Le Guen qui estime que critiquer le gouvernement, c’est mettre en danger la démocratie, j’ai envie de hurler. Voilà, c’est ce genre de phrases qui précisément, tue notre démocratie. Ça et tous les actes injustes dont nous sommes témoins. Ces petites magouilles et ces passes-droits, cette incapacité à écouter.

Il faut de l’éducation aussi, c’est simplement plus long et demande plus de patience et de persévérance mais il n’y a que comme ça qu’on y arrivera. Les fanatiques qui passent à l’acte sont pourtant des enfants de notre république. Ils sont nés en France et ont été à la même école que nous autres. Qu’est ce qui a fait qu’ils soient devenus des tueurs sanguinaires ? Ce sont nos comportements ? La manière dont on traite la jeunesse depuis 30 ans ? Ils sont une poignée à l’échelle de notre population mais ils sont assez pour nous faire du mal et nous faire réfléchir sur ce que nous avons loupé. Les racines du mal, toujours, y revenir avec humilité, accepter l’échec, réparer autant que l’on peut.

Je ne suis pas un expert, juste un gars derrière un écran. Ça ne va pas faire beaucoup de remous de dire ce que j’ai sur le cœur, d’ailleurs, je suis plutôt pessimiste ces derniers temps, ce qui n’est pas dans ma nature, mais je sais pertinemment que l’émotion gagnera et qu’on finira soit avec un gouvernement d’extrême droite (qui n’apportera pas rien de plus voire qui amplifiera la fracture), soit avec une guerre civile. On ne va pas continuer à se faire tuer sans agir et les musulmans ne vont pas indéfiniment se laisser se faire insulter sans broncher. Il faut les comprendre eux aussi. Dans quel état d’esprit ils doivent être ? Depuis des années qu’on les pointe du doigt comme des pestiférés, qu’on leur demande de faire le ménage dans leur communauté, qu’on les insulte, que quoi qu’ils fassent, on les regarde comme des musulmans et pas comme des gens. Qu’ils fassent des études, qu’ils créent des entreprises, qu’ils soient de grands sportifs, des intellectuels, des élus, qu’ils deviennent athées même, rien y fait, ils sont renvoyés à leur condition de musulman, voire d’arabes tout simplement. Moi, à leur place, j’aurais tellement la rage que je ne peux qu’admirer ceux qui parmi eux, continuent d’appeler au calme et à la tolérance.