Nuance d’êtres aimés

Les gens qui s’aiment se sont aimés parce qu’il fallait qu’ils s’aiment. C’est comme ça, comme une évidence, on se rencontre et paf, il se passe un truc qui fait qu’on s’aime. On peut aimer pour plusieurs raisons et parfois pour les mêmes, souvent pour les mauvaises. On peut aimer plusieurs fois, de différentes façons, avec des intensités variables, mais on aura aimé au moins une fois.

J’ai aimé, beaucoup, souvent, à me demander si je savais vraiment ce qu’aimer voulait dire. Un vrai cœur d’artichaut, un peu cucul, un peu concon. 

Est-ce que ce ventre noué quand on est face à l’aimé suffit à nous faire croire qu’on aime ?  

Est-ce que je ne cherchais pas surtout à être aimé. Est-ce que j’ai aimé pour qu’on m’aime ? Est-ce qu’on aime pour s’aimer soi-même un peu plus ? 

J’ai aimé souvent donc, avec beaucoup de souffrance, de maladresse, d’un amour naïf, déraisonnable. L’amour qui fait mal parce que pas abouti, unilatéral, espéré. 

Je t’ai aimé toi, énormément, d’un amour éclatant, trop intense. Je t’ai mal aimé, il débordait de partout, mon amour. Je te regardais comme une idole, comme un trésor précieux que je ne méritais pas, adorant ton corps comme un paysage sublime dont je ne me lasserai jamais. J’ai dû t’étouffer avec mes attitudes mièvres et ma peur de te perdre. Finalement, c’est ce que j’ai le mieux réussi, te perdre. 

J’ai oublié alors le verbe, le temps, l’emprise qu’à le vent sur mes humeurs. J’ai oublié jusqu’à mon nom, la façon dont je voyais les couleurs, le prix des bonbons. J’ai perdu la notion de plaisir, de bonheur, de bien-être. Je vivais dans une mélasse épaisse et gluante qui me maintenait au sol comme pour me dissoudre dans le bitume et ne faire de moi qu’une tâche sombre, vestige d’un truc dégueulasse. 

Il a fallu un autre amour, plus doux, plus patient qui m’a offert un amour plus grand encore, nanoparticulaire, cousu dans mon ADN, un amour de parent qu’aucun amour jusque là n’avait surpassé. Il est au sommet de la pyramide des sentiments. Bien installé là-haut à contempler tous mes échecs amoureux avec bienveillance et nostalgie. Maintenant, c’est vous que j’aime, ma famille, d’un amour abyssal et combien j’aime cet infini… 

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