Les corps liquides

Je les regarde se mouvoir ces corps liquides.

Ils se jouent de leur rigidité squelettique pour mieux épouser l’espace et le temps.

Anatomie caoutchoutée, embrassant le vide avec aisance et volupté.

Des gestes limpides, des jambes fluides, des peaux humides, brillant sous la félicité.

J’aurai juré de leur humanité mais pourtant ils flottent. C’est un non sens de chair et d’os.

Au prisme de la légèreté, des souffles lentement se glacent dans ma rétine apprivoisée.

Ils s’écartent du réel en caressant les anges du plat de la main.

Le sol s’effondre et  l’air n’est plus.

Il ne reste que des lueurs de mouvements.

Des bras que l’on croit ballants s’échangent des ritournelles aux accents d’irréel.

L’épiderme éthéré se condense en un soleil outragé dans l’aube incertain d’un orage déliquescent.

Des gouttes roulent sur mes joues comme la pluie sur l’océan.

Discrètement, sans témoin, dans le silence de leur immense talent.

Leurs gestes se fondent dans un dernier tonnerre et la tempête mourante foudroie encore une fois ma pauvre âme envahie de la magie de leurs corps liquides.

Le Rouge & le Blanc

Assis devant son chevalet, il contemple une toile vierge à la recherche d’inspiration.
Les épaules basses, les bras ballants, avec au bout de la main gauche, un pinceau en berne.

C’est elle qu’il veut peindre. Seulement, les gestes ne viennent pas. Les coups de pinceau traçant ses courbes lui rappelleraient trop de caresses. C’est dur de peindre des souvenirs…

Le silence intense de l’atelier est interrompu par sa forte respiration, et par le bruit que font ses doigts qui triturent l’instrument.

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Folie ordinaire

Prosaïque métro qui chaque jour nous mène dans un quotidien sans surprise. Ne comptant plus les trajets accumulés avec leur lot d’horreurs. Grimaçant face aux odeurs d’urine et d’indicibles exhalaisons qui nous poussent parfois jusqu’à la nausée. On déambule promptement dans ce dédale de couloirs blancs, se perdant dans les silences de nos visages fermés.

Un matin comme un autre. Je jouais des épaules afin de m’insérer tant bien que mal dans la foule compactée d’une rame déjà bondée.

Les yeux fuyants ou curieux, les parfums emmêlés, et ces nerfs contenus, résignés, en attendant la station salvatrice où je dois descendre.

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