Les mains fermes

J’aurais eu ces mots si j’avais su les dire, mais je suis resté muet, interdit. Dans ma tête, la phrase semblait limpide, simple, prête à sortir, mais, en fait, non ! Rien était venu. J’ai bafouillé un truc incompréhensible. J’ai expié plus que je n’ai parlé.
Mon plaidoyer se transformant en excuses. Quelle maladie que la timidité ! A moins que ça ne soit ma bonne éducation qui ne m’ait pas permis de lui fermer sa gueule avec panache.
Il me semble que j’ai pensé mon français trop faible, pas assez maîtrisé, que mon émotion l’emporterai sur la raison. Je ne manque pourtant pas de dignité, mais je n’ai pas su, simplement. Et c’est comme ça que j’en suis arrivé là.

Le recul

« Tu te serais appelé Dupont ou Durand, tu dirais pas la même chose. Mais vu ton nom, ton père devait être maçon portugais plutôt non ? »

En trente-deux ans d’existence, c’est la première fois qu’on me traite de la sorte, la première fois que mes origines sont montrées du doigt. On m’avait déjà traité de « sale arabe » quand j’étais petit, de « sale gitan » et de « sale français » aussi, mais je n’avais pas pris la mesure de l’insulte, moi qui me sentais « être humain » avant tout, ça me faisait de la peine pour mes petits camarades, j’étais un peu eux, le temps d’une insulte.

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Le retour à la chair

Dans les étoiles usées de nos ivresses passées, des lueurs timides s’offrent à nos jours à venir.

De ce qui s’enfuit, je ne rattrape que les écrits de ces espoirs infimes qui font que la vie continue.

Il est des jours où l’on s’oublie, et c’est tant mieux. On peut se concentrer sur l’érosion du temps, sur ces minutes qui s’écoulent, cette mutine qui s’écroule, les aléas du vent, et les odeurs de liberté.

Je me suis trop usé à subir la froideur des ombres de souvenirs. Et maintenant, je m’emploie à retrouver le goût de croire.

Cœur amorphe abandonné à la rationalité, des bribes d’amour remuent dans mon subconscient. Lentement, je ressens à nouveau.

Première sensation du réveil attendu d’un comas des sentiments, encore engourdi, l’épiderme douloureux efface patiemment les nombreux picotements.

J’avais oublié l’incidence d’un parfum, qui, chatouillant tout mon être, révèle en moi des appétits de toi.

Les paumes de mes mains fondant sur tes hanches, nos corps s’autorisent des étreintes arrogantes. Renaître entre tes jambes, dans l’audace turgescente de ma confiance retrouvée.

Juste un retour à la chair où on réapprend tout.