Klein d’oeil

Il évoluait dans un monde trop étriqué, trop petit, limité.

Il étouffait et n’arrivait pas à se libérer du confinement forcé de sa pensée.

Peut-être que les souvenirs de cet horizon méditerranéen et de ce ciel sans fin que son enfance à Nice ont ancré dans son coeur, ont réveillé en lui une certaine idée de la liberté.

Il se mit à peindre pour déverser ce trop plein de lui que le judo, dans lequel il avait trouvé le moyen de canaliser son esprit, n’avait pas suffit à maîtriser. Comme une obsession, il tentait désespérément d’enchaîner cette énergie dont il ne savait que faire et qui lui permettra de devenir le premier français ceinture noire quatrième dans à son retour du Japon. Mais, toujours cette instabilité, cette soif  inextinguible d’être.

Empreint de spiritualité, il errera dans le mystique rosicrucien jusqu’à remplir de peinture, des petits cartons, avec des couleurs unies, des monochromes, de différentes couleurs, à la recherche de pureté, comme un collectionneur qui capturerait les couleur de la vie et notamment celle de ce ciel tant aimé. Ces monochromes deviendront sa raison de vivre.

Il fut rejeté, moqué, partout, le regardant d’un oeil inquiet, comme un illuminé. Au musée des Beaux-arts de la ville de Paris, on lui a même soumis l’idée de rajouter une autre couleur, un trait, un point, comme si la couleur simple ne pouvait pas se suffire à elle-même. Il ne se démonta pas et persista dans sa quête chromatique ; la couleur, obsessionnelle, elle aussi, devait l’envahir maladivement.

Le problème du tableau, c’est son format fini, son cadre, sa limite. Yves se sentait prisonnier, je l’imagine continuer ses coups de pinceaux dans le vide, dépassant sa toile et voir l’air se parer de sa couleur. Peut-être est-ce cette idée qui l’amena à créer « Le vide » en 1958 dans la galerie Iris Clert qu’il avait remplit d’un blanc immaculé chargé de Rhodopas, – cette résine synthétique qui intensifiait ses couleurs et qui bientôt viendrait nourrir son fameux bleu IKB (International Klein Blue) – et rien d’autre. Cette performance décriée qui avait pour but de donner un sens à l’immatériel et donner à réfléchir sur ce qu’est le vide, fut un scandale et en même temps, il y eut affluence. On peut imaginer la masse de badauds remplir ce vide et se demander ce qu’ils faisaient là. Yves avait enfin un nom : Klein !

Petit à petit, il s’insinua dans le monde artistique et sa persévérance trouva un écho chez quelques sensibilités que la vie, dans sa bienséance, mit sur son chemin. Ce bleu, fort et intense qui le suivra durant sa courte existence, de ses éponges imbibées, à ses femmes-pochoirs, laissera une empreinte intemporelle dans le monde de l’art et encore aujourd’hui, on prend plaisir à se laisser saisir par sa force en y trouvant un peu de lui, là-bas, au fond du bleu.

Klein désincarné, est devenu sa couleur. Et dans ce bleu si travaillé, on se perd comme on s’évade dans un ciel pénétrant sur lequel il finira comme il le disait, « par signer au dos du ciel ».

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