Bilan bileux

Je n’arrive plus à écrire. Je ne sais plus si ça tient du manque d’inspiration ou juste que je n’ai plus rien à dire. C’est comme dans ma vie, plus rien à dire. 

En mode veille, dans l’attente d’un retour de moi. J’ai dû disparaître un peu, quelque part, je ne sais plus où. 

J’imagine des morceaux de moi, éparpillés dans les souvenirs des autres. On se rappelle au bon souvenir de ce mec jovial et enthousiaste, passionné et à fleur de peau, curieux et misanthrope. Et aujourd’hui, toujours les mêmes questions qui reviennent, les mêmes réflexions « on te voit plus, tu fais la gueule ou quoi ? »

Peut-être suis-je éteint. Comme la tête d’une allumette, après l’incandescence, noircie, rabougrie, fragile…

Je me suis peut-être trop raconté, et me voilà rassasié, écœuré. J’ai voulu extirper mon mal-être et en fait, je me suis rempli de vide. Plus rien à dire.

Je regarde ma face fatiguée, cernée de nuits trop courtes, les joues bouffies et le double-menton naissant, signe de l’abandon du respect que j’ai pour moi. Je regarde mes yeux ronds qui me regardent avec indolence. Visage lymphatique du bon vivant, qui masque sa tristesse dans une moue rieuse, mais, au fond, dans mes pupilles, un trou béant de perplexité. Rien à dire.

Je repense souvent à cette phrase que Romain Gary laissa dans une lettre pour signer son suicide : « Je me suis enfin exprimé entièrement. » et je me demande si je me suis, moi aussi, exprimé entièrement. Si j’avais dis tout ce que j’avais à dire, sur mes erreurs passées, mes convictions, mes espoirs, mes colères ou encore mes rêves. Je me trouve un peu jeune pour arriver au bout de moi. D’ailleurs j’en ai eu marre de parler de moi. Ma littérothérapie est terminée depuis belles lurettes. Je sens dans mon ventre l’envie de raconter, mais chaque nouvelle page ouverte devient un cimetière d’idées. J’ai envie de tout, envie de trop peut-être et pas assez de temps. Je cherche un truc à dire.

Pourquoi avoir besoin de souffrir pour devoir écrire ? Pourquoi suis-je régis par mes émotions ? J’ai fini des textes, les doigts tremblants, les larmes au bord du grand saut, arrêtant d’écrire pour étouffer un sanglot. Je voudrais retrouver ces transes, cet état second pendant lesquelles, il n’y avait plus que le bruit du clavier qui composait pour moi le rythme de mon existence, et en même temps, je sais à quel point l’intensité de ces instants découle d’un trop plein de tristesse. 

Puis, je me rappelle de ces autres textes, de ces fictions, de ces personnages que j’ai créé et pour qui j’ai fini par avoir de l’affection. Que sont-ils devenus ?

Je ne sais même pas pourquoi j’écris ce texte. Sûrement parce que désormais, je veux écrire pour vous et que j’avais besoin de vous le dire.

 
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Une réflexion sur “Bilan bileux

  1. Tu arrives à écrire! Preuve en est ce superbe billet.
    Ces mots sont comme les premiers pas d’un paso, il permettront l’enchaînement d’autres et d’autres encore, et incarneront petit à petit ta vie, et la nôtre à tous.
    Donne toi le temps, et permets toi des parenthèses, nous lecteurs affamés pouvons l’entendre et patienter.

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