la concordance détend

Depuis quelque temps, je pratique la consensualité sélective. je m’en sers pour pouvoir continuer à avancer dans la vie sans trop me bouffer le moral à cause de mon incompétence en sociabilité. Ça n’a pas été facile pour moi de me l’avouer, mais voilà, c’est un fait, je ne sais pas vivre avec les gens, je ne sais pas comment me comporter parmi mes contemporains. Par exemple, cette incapacité totale à gérer les conflits. C’est, je crois, le plus gros problème de mon existence. Ça me ronge, me dissout, me fait translucider de mon être, j’en mène pas large dans mes chaussettes bon marché, j’ai envie de disparaître pour ne plus avoir cette douleur dans la poitrine, ce cœur serré qui se débat avec ses petits poings pour garder un semblant d’humanité. J’ai beau me dire que ce n’est pas grave, que ce n’est qu’une dispute de rien du tout, mais non, je rumine la scène des jours durant et me voilà malade de l’intérieur. Dans mes tripes, ça tremblote, ça fait des suppliques d’estomac contrit, comme une culpabilité intrinsèque, un besoin d’être pardonné plus fort que tout, étouffé par cette bête qui grandit en moi. Je sens mes paupières qui ramollissent pour me faire une gueule de labrador désolé, je m’aime encore moins.

Quand je débat avec quelqu’un… non, débat n’est pas le bon terme. Quand j’écoute parler quelqu’un de son avis sur un sujet quelconque et que je ne suis pas d’accord, je fais des « mmm mmm » avec la tête, dodelinant à grand renfort de regards fuyants en faisant une moue exprimant mes divergences, je le fais avec le sourcil intrigant, c’est mon air de « pas d’accord ».

Parfois, intervient un appel d’air de ma gorge d’où un timide « noooon mais, faut pas être siii… » que je ne termine jamais car mon interlocuteur, pris dans sa diatribe, ne m’écoute pas.

Je me mets alors à le fixer dans les yeux mais je ne le regarde pas, je n’entends plus ses arguments, je ne vois que sa bouche distordue qui postillonne, mastique des mots durs, ses joues qui gonflent et se dégonflent, un peu plus haut, ses yeux se compressent, rident son front, ça lui donne un air plus déterminé, et moi dans ma tête, je me contente de le trouver con. Je démonte ses arguments intérieurement, les mots se cognent contre mes dents, mes mâchoires serrées les empêchent de s’évader et d’aller s’écraser sur les convictions de mon monologuiste du moment.

Alors, je pratique la consensualité sélective. C’est peut-être de la lâcheté ou du confort selon que vous vous mettez à ma place ou à la votre. Si je me suis mis à devenir comme ça, c’est la faute à la mauvaise foi des gens, leur incapacité à reconnaître leurs torts, leur inextinguible besoin de se sentir supérieur. Bien entendu, vous aurez relevé le « sélective » parce que bon, tout le monde n’est pas si borné, beaucoup avouent sans regrets que j’ai finalement raison et je leur en suis reconnaissant. Ce n’est que justice rendue à mon esprit avisé qui s’évertue tant bien que mal à moraliser ce monde d’individualistes affirmés.

Le problème depuis que je suis devenu consensuel sélectif, c’est la communication non verbale, il est assez rare de trouver des spécimens d’humains capables de comprendre que je ne suis pas d’accord avec eux juste en me regardant faire mes mimiques de sourcils. Du coup, j’ai décidé d’arrêter de parler avec les gens. C’est plus difficile socialement, mais au moins je suis toujours d’accord avec moi même… enfin… sauf depuis hier où j’ai coché le 53 ème jours de solitude et de silence et je m’en suis voulu de ne pas être plus souple avec ceux qui ne sont malheureusement pas d’accord avec moi. Peut-être ont-ils raison de ne pas me donner raison, mais dans ce cas là, ils vont croire qu’ils ont raison dans leur raisonnement et que, donc, j’ai tort, ce qui ne serait pas raisonnable de leur part sachant que j’ai toujours raison. Bref, depuis que je suis en désaccord avec moi-même, je ne sais plus si je dois me resocialiser et continuer à faire semblant d’être moyennement d’accord avec eux. En même temps, j’en ai marre de parler tout seul, sur ça, je suis d’accord. Bon, je vais essayer de m’autoréconcilier et je déciderai après.

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