Être me va si bien

« Je maudis ce cerveau qui jamais ne me laisse en paix.

L’accès au bonheur verrouillé à triple tour.

Des nœuds dans les sentiments.

L’histoire se répète sans cesse, dans mon introspection latente, chiante, détestable, le sabotage involontaire, à me tirer une balle dans le pied. Je fais preuve d’une imagination fertile quant à la fuite de la réalité. J’évite avec beaucoup de subtilité les raisons de mes déceptions… »

Il arracha la feuille du bloc-notes et en fit une boule qu’il jeta à côté de la poubelle. Il évacua un soupir désabusé en regardant la boule de papier rouler jusque sous son bureau. Il se massa le visage congestionné de doutes, avant de reprendre d’une main tremblante, le stylo bille, semblant faire la connexion avec son cerveau. Les idées imprécises, ses lèvres torturées se pincèrent alors dans une profonde réflexion.

« On est jamais aussi sincère qu’avec nous même, en fait. Et pourtant, souvent, on ne fait rien. On laisse les choses s’installer, pourrir un peu, et quand ça pue trop, on expie, on vide ce trop plein d’angoisses, de stress, compressé dans la fainéantise, chacun à sa manière, parfois maladroitement.

Véritable mélancolie, caprices d’occidentaux ou mal-être généré par une suffisance égocentrée ? Ne pas trouver de solution à ses complexes parce qu’il faut bien trouver de quoi se plaindre un peu, des fois qu’on serait trop heureux. Une manière de tromper la routine, l’ennui, en entretenant inconsciemment du mépris pour nous même, « je râle donc je suis », à jamais soumis à ce moral sinusoïdal.

Je me pose des questions sur la réelle fonction du bonheur. Est-il une fin en soi ? Le bonheur, oui, mais après ?

Le bonheur, c’est sectaire, ça ne laisse pas de place à l’émulation de vivre, ne nous sentons nous pas plus vivant quand nous sommes en danger ? Comme ces témoignages : « J’ai échappé de peu à la mort, j’ai pris conscience qu’il fallait profiter à fond de la vie… » Pourquoi ne pas en profiter tout le temps à fond ? Pourquoi attendre que celle-ci soit en danger pour en reconnaître la valeur ? Et puis, ça veut dire quoi profiter de la vie ?… »

Il ratura violemment la page avant de jeter le bloc-notes sur le fond du bureau. Il croyait ces questionnements à jamais enterrés.

« Je pensais qu’adulte, je saurai faire la part des choses, que je saurais prendre mes responsabilités. Mais, ma liberté est plus forte, je n’arrive pas à la conditionner, et je ne suis pas sûre de le vouloir. » se dit-il.

« Je me sens comme un animal sauvage qu’on voudrait parquer, enfermer dans un enclos. Ne plus pouvoir lui faire sentir la plaine s’évider sous ses jambes, frémir quand l’orage gronde dans l’immensité de paysages antédiluviens, laisser la pluie recouvrir sa peau nue, refroidissant ses muscles bandés et chaud après une course rageuse, libératrice.

La conscience de vivre plus que la joie qui en découle. Être me va si bien…

Le cœur et les poumons, la tête brulante retiennent des moments incertains, le mystère de cette rage folle masquée derrière un visage empreint de sérénité. Homme à double face, j’ai un penchant pour les apparences, et du respect pour la réalité. »

Le souffle apaisé, il se dit que finalement, il ne trouve du répit que dans ses bras, dans sa silhouette qui se dessine sous ses doigts affamés de désir.

Il prit son téléphone et rechercha son nom dans le répertoire, il eut envie d’entendre sa voix. Toujours souriante, elle lui ferait oublier ses doutes et ses peurs.

« Allo ? »…

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4 réflexions sur “Être me va si bien

  1. Pfff, fais chier! les larmes me sont montées aux yeux tellement ton texte fait l’effet d’un miroir… p’tit con, va ! Alors nan, je vais pas en rajouter en te rabâchant que celui-là, mazette, il est encore putain de bien écrit et putain de bien percutant, comme un pushing-ball !!

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