Primus Tempus

 Ressentir ce penchant qu’a la terre pour la danse du soleil,

Mon cœur au zénith rencontre enfin mon esprit, doux équinoxe de ces sentiments trop longtemps enfouis. Le renouveau de la nature, même à l’intérieur de soi. Fertile floraison de mon être, fécondant des envies de sourires, évoluer dans les brises encore fraîche d’un hiver mourant, ne pas en porter le deuil, se réjouir sur son lit de mort plutôt.

Assise à une terrasse de café, mes névroses lentement se dissipent dans un ciel céruléen et le soleil sur ma joue droite me susurre des poèmes épidermiques.

Ah ! Cet appétit qui grandit de voir les gens si beaux, ces jupes légères arrêtant la course de longues jambes dénudées, les décolletés qui libèrent des seins trop longtemps camouflés, les hommes retroussent les manches de leur chemise et quelques boutons en moins laissent apparaître des torses virils. Les pas pressés de vivre des instants parfumés, les rues se remplissent et les poumons aussi. Je les envie.

On trouve des légèretés dans les par-terres de fleurs de cerisiers qui tapissent les pavés des villes encore trop grise. On se voudrait « oiseau » pour pouvoir revenir d’une longue migration, le retour au bercail, retrouver ce qu’on a fui, reprendre du plaisir à le redécouvrir ce monde si familier. Le cul posé sur une rivière endormie, je reprendrais le souffle que ces milliers de kilomètres m’ont enlevé.

En attendant, je redécouvre ce Paris que j’ai tant aimé.

Dans mes yeux un peu vitreux, des souvenirs se profilent.

Je sens sur mon visage un air malicieux. Je repense à mon corps de jeune femme et à cet homme que j’ai eu en secret. L’insouciance des amants qui s’aiment à temps partiel et la folie de croire que ça durerait toute la vie.

Silencieuse, je profite de cet instant, d’être ici, dernier cadeau d’un petit-fils à une vieille dame qui ne sait plus marcher. J’avale en tremblotant ma dernière gorgée de thé, il attrape ma main fripée en souriant, je ne peux m’empêcher de penser que ce printemps sera le dernier, mais je me suis dit ça tant de fois…

« Ça va mamie ? »

« Oui, ne t’en fais pas. Tu sais, à mon âge, on a souvent les yeux humides. »
Je lui ai répondu ça, mais je sais qu’il a compris que mes souvenirs étaient bien trop secs pour que je les mouille avec des grosses larmes.

« Je te remercie pour ce voyage mon grand. J’adore Paris depuis toujours et ça me rappelle mes jeunes années. Je vais te raconter quelques chose, mais tu ne répètes pas à ta mère hein ? »

 

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