Ma vie de livre

Au premier jour, il y avait le verbe, et ce verbe qui a été la première cellule de mon être, je le dois à celui qui m’a écrit, celui qui m’a fait naître de son cerveau, mon auteur. Donc finalement, je suis un peu humain quelque part, non ?

Toute naissance commençant forcément par une relation sexuelle, mon père a dû coucher plusieurs fois sur des lits de papier avant que son imagination féconde ma petite histoire. Il a usé de son stylo, il a ouvert délicatement les deux bords d’un cahier, pour y déverser son encre reproductrice sur les pages vierges ouvertes à toutes les folies. Ah le petit coquin !

Je n’étais qu’au stade de protozoaire, mais je promettais déjà beaucoup.

Petit à petit, je prenais forme, je devenais embryon. J’ai dépassé un stade supplémentaire de mon évolution, lorsqu’il m’a peaufiné sur son ordinateur. Je commençais à avoir de la gueule, mais il était difficile de savoir si je n’avais pas encore de malformations congénitales.

Le jour de l’accouchement fut terrible, d’abord, on m’a transporté dans un autre ordinateur rempli d’autres enfants qui n’attendaient que de voir le jour comme moi. Ensuite, le travail a pu commencer.

On m’a poussé dans un espèce de tunnel super étroit, qui tenait plus du câble que du tunnel pour tout vous dire, je me suis faufilé tant bien que mal. Et là, j’ai plus rien compris, c’est allé tellement vite, que j’ai à peine eu le temps de voir ma maman.

Ma mère, Elle était immense, elle m’a poussé très fort, elle devait souffrir énormément à entendre les bruits stridents qu’elle hurlait. Encore quelques secondes, et bienvenue sur terre (enfin là c’était sur palette).

Je filais toujours tout droit à une vitesse vertigineuse, je me laissais porter par le tapis roulant « utérique » de ma pauvre génitrice. Deux mains m’accueillirent, je devrais plutôt dire me réceptionnèrent, vu la vitesse à laquelle je fut attrapé et aussitôt bazardé sur cette palette posée à même le sol. Malgré tout ça, j’étais né.

20 cm de haut, 4 d’épaisseur pour 327g, un beau roman. J’ouvrais prudemment mes petits yeux pour découvrir le monde. Normalement, un nouveau né est aveugle, moi pour une raison que j’ignore, je voyais. Et ce que je voyais, c’était un plafond gris, c’est tout ce que je peux vous en dire, je ne sais même pas s’il avait des tâches ou une quelconque particularité, parce que la seconde d’après, on me recouvrait avec devinez avec quoi ?  Un autre… moi. Si si !

Oui, des moi partout, dessus, dessous, à droite et aussi à gauche, un vrai cauchemar, je ne serais donc jamais unique ? Non, ils sont trop nombreux, je ne suis qu’un moi au milieu d’autres moi et d’ailleurs qui est le vraiment moi ? J’ai donc essayé de leur demander :

« Bonjour…euh…, Est-ce que vous êtes moi ? »,

Un moi a répondu « Non, c’est plutôt toi qui est moi. »,

Pendant qu’un autre rétorqua « Ça va pas ?! Le vrai moi c’est moi ! »

Évidemment, au bout de quelques minutes, la palette ne tarda pas à être un véritable capharnaüm où chacun revendiquait qu’il était moi.

Nous avons conclu que finalement nous sommes tous… moi. De toute manière l’ambiance était un peu à la déprime, pour la simple raison que nous avons été emballé dans du film plastique, que nous avons été stocké dans un grand hangar où il fait sombre et froid, et qu’il ne se passe plus rien depuis des heures.

Tu parles d’un destin, à peine étais-je né que déjà j’étais aux oubliettes.

Les jours passèrent. Moi et les autres étions résignés, face à l’adversité nous avions accepté notre sort. Puis un jour, un chariot élévateur vint nous délivrer de ce terrible dessein.

Là encore, ça n’a pas été une partie de plaisir, ballottés, transportés, reballottés et retransportés, restockés. Jusqu’au moment où un homme s’approcha en tenant un gros cutter. « Ah ça y est, la fin est proche mes amis. Alors c’était donc ça ?! Vous ne demandez rien à personne, on vous met sur terre sans dire ce qu’on va faire de vous, et un beau matin, la vérité éclate tchaaac ! c’est la guillotine ! Ô père pourquoi m’as-tu abandonné ? Moi qui ne t’ai pas revu depuis la dernière fois ou tu m’as embrassé avant de me déposer dans une boite à lettre. Où es-tu ?  Pourquoi ne viens-tu pas à mon aide ? Sais-tu à quel bourreau tu m’as livré ? »

L’homme posa une main ferme sur le tas de nous, j’ai fermé les yeux, c’en était fini. Scraaaaaatch ! « AAAaaaaaahhh !……… Euh ???…. Hein ?! Ben, je suis encore vivant ? Où alors je n’ai pas senti ma mort ? Mais qu’est ce que c’est ? Mais c’est… de l’air…de la lumière… je suis libre, liiibre. Oh ! il est venu pour nous libérer ! Ah mon sauveur comment te remercier ? »

Voilà, autant dire que ma vie pour l’instant n’a pas été une partie de plaisir. Je décidais de m’effrayer un peu moins, et de voir ce qui allait se passer sans m’imaginer je ne sais quel malheur. Et je crois que j’ai eu raison, car aujourd’hui je suis heureux d’être un livre, enfin c’est surtout grâce à ma propriétaire mais ça, je vous en parlerais plus tard.

Donc, j’ai recouvert ma liberté, bravant milles aventures, voguant sur les vagues de l’inconnu, avançant fièrement, prêt à dompter n’importe quelle tempête. Des mains délicates m’extirpèrent du carton dans lequel on m’avait dernièrement stocké.

Un homme chauve me porta jusqu’à devant son visage, et me jeta un coup d’œil par-dessus de petites lunettes rondes qu’il portait au bout de son nez. Il avait l’air sympa, enfin du moins jusqu’à ce qu’il me retourne pour me regarder le derrière. J’ai eu la honte de ma vie, moi qui suis si pudique…

Il me déposa sur une étagère en hauteur, où je pus pour la première fois observer le monde tel qu’il était. Le monde, c’est… comment dire… c’est rempli d’autres livres. Des tas de livres, tous différents. Des petits gros, des grands gros, des grands fins, des petits fins, certains sont très colorés, d’autres sont monochromes, wouaou c’est magnifique, et moi petit livre, je fais partie de ce monde multi-librairal, et je suis bien placé en plus. Oui, j’estime que je suis bien placé parce que j’ai remarqué qu’il y avait une sorte de classe hiérarchique chez les livres :

_ Il y a ceux qui sont à l’étagère du bas, ils prennent des coups de pieds à longueur de journée, on ne les regarde pas souvent, hormis les quelques êtres humains qui daignent bien se baisser pour les voir,

_ Il y a ceux qui sont posés à plat sur des meubles en plein milieu, ceux-là sont  très favorisés, tout le monde peut les lire ou les choisir, ils font partie de la même catégorie que moi en quelque sorte. Je suis de ceux qui sont disposés à hauteur d’yeux sur l‘étagère. J’ai bien de la chance. Je vois d’autres moi posés à même le sol, entassés les uns sur les autres de manière à former une pyramide ridicule. Je suis bien plus heureux ici.

_ Il y a aussi les livres tout en haut de l’étagère, eux presque personne ne va les voir, ils sont trop haut, ce sont souvent de gros livres en plus. Quelque part, je les plains un peu. Sauf qu’ils nous regardent de haut et se moquent de nous. Ils se disent réservés à une élite et que seuls ceux qui les veulent vraiment viennent jusqu’à eux, alors que nous, ils nous considèrent comme des « accessibles », des « tous public ».

Les jours passent, et la petite pyramide de moi disparaît petit à petit. Ils se font tous adopter par quelqu’un alors que moi, je commence à prendre la poussière, parce que de là où je suis, on me regarde moins souvent mais en même temps, on me regarde moins souvent le derrière aussi. Je lâche un soupir d’ennui, à côté, je sens le regard insistant d’une biographie de Lady Di, elle me lorgne, me toise, je sens qu’elle va me parler, et je n’ai pas envie de parler moi.

_ « Vous êtes déçu n’est-ce pas ? » me demanda t-elle

_  « Je vous demande pardon ? » comme si je n’avais pas compris.

_ « Vous vous imaginiez que d’ici vous seriez le premier vendu, pas vrai ? »

_ « Je finirai bien par accomplir ma destinée, et un jour on me lira. »

_ « Ah destinée…. » Répeta t-elle nostalgique « Le destin, c’est vraiment le truc le plus bizarre et indéfinissable qui soit. »

_ « Ah bon ? Et qu’est ce qu’il a de si bizarre ? » lui demandais-je

_ « Vous savez, il y a deux théories, il y a ceux qui pensent que l’on peut agir sur son destin, et ceux qui pensent que de toutes manières, tous les choix et toutes les actions que l’on fait, étaient déjà inscrites dans le grand livre de notre vie. »

_  « Vous voulez dire qu’on ne peut pas influencer son destin ? »

_ « Ça dépend. Si on part du principe que si l’on fait un choix personnel pour changer de vie en pensant qu’on a choisi son destin alors dans ce cas on peut dire que l’on a influencé son destin. Mais, si ce choix finalement faisait déjà partie de notre destin, et que de toute manière, que l’on soit l’instigateur de ce choix ou non, était irrémédiablement gravé dans le processus de notre destin. C’est bien que l’on ne peut pas l’influencer puisque de toute manière, c’était écrit… »

_ «  Excusez- moi, mais là je ne me sens vraiment pas pour une discussion philosophique. » Une subite et douloureuse migraine m’envahit.

_ «  Désolé ! C’est à cause de l’histoire que je raconte, c’est un destin tellement particulier, tellement triste, tellement… on n’a pas tous les jours une vie de Lady Di vous voyez ? »

_ « Humpf ! Le problème avec vous les biographies, c’est que vous êtes toujours pessimistes. On a l’impression que vous faites un concours de misère, c’est à qui aura eut l’enfance la plus douloureuse, à qui aura dilapidé sa fortune, à qui aura subi de graves maladies…, faut vraiment être égocentrique pour oser raconter sa vie. » Je ne suis pas très sympathique comme bouquin, mais je ne lui ai rien demandé moi à celle-là.

_ « Qu’est ce qui vous fait dire que ce que vous racontez est plus intéressant ? » répondit-elle un peu vexée.

_ «  Ce que je raconte ? ben… euh…, ben j’en sais rien au juste comment peut-on le savoir ? »

_ «  Vous voulez dire que vous ne savez pas ce que vous racontez ? » Elle pouffe et moi, je sens qu’elle commence à me chauffer les oreilles. Déboussolé, et vexé à mon tour, je regarde fixement droit devant moi sans mot dire.

_  « Bon aller, comme je suis généreuse, je vais vous expliquer comment on fait. »

Je reste de marbre.

_ «  Mais, c’est qu’il est susceptible en plus ! »

_ « Je ne suis pas susceptible, mais je trouve que c’est facile de se moquer des néophytes, mais bon, puisque vous me proposez de m’expliquer alors d’accord, faites-le s’il vous plait ? »

_ « Rien de plus simple, il suffit d’un peu de concentration. Tout d’abord, faites le vide autour de vous. »

Je me concentre, et fait le vide dans mon « esprit ».

_ « Ensuite, prononcez ces trois mots rapidement et plusieurs fois : jeumeusse, uiffère, et le dernier, houlé »

Je répéte religieusement les trois mots en attendant qu’il se passe quelque chose

_ « jeumeusse, uiffère, oulé. Ça ne fait rien votre truc ?! »

_ « Plus vite »

_ « Jeumeussuifféroulé , jeumeussuifféroulé …. Pffff. »

_ « Ah ah ah ! » La biographie, morte de rire, suffoque à chaque mot qu’elle tente de me dire. Je rêve de la voir s’étouffer, si j’avais eu des mains, je l’aurais bien étranglé moi-même.

_ « Désolé, c’était trop tentant » dit elle dans un dernier sanglot de rire.

_ « Bon ok, je vous montre, je ne fais plus de blagues, promis, mais fallait bien que je me venge un peu »

_ « C’est de bonne guerre » dis-je

_ « Il suffit donc de faire le vide autour de vous, ça c’était vrai, et ensuite, vous vous imaginez que vous êtes en train de tomber, vous chutez dans le vide dans une grande masse blanche qui est votre intérieure, continuez cette chute jusqu’à ce que vous rencontriez vos lettres. »

Je m’applique à cette descente, je visualise un grand espace blanc infini, et je chute sans jamais atterrir. Je chute encore et encore. Un N me frôle de près, d’autres lettres, un L, un D m’accompagnent dans ma descente. De plus en plus de lettres se regroupent autour de moi, certaines s’associent en conjonction de coordination, d’autres en pronoms, des mots forment des adjectifs, puis des noms propres, des sujets, des verbes, eux-mêmes finissant par former des phrases, mes phrases, des paragraphes, mes paragraphes, des chapitres, mes chapitres, des parties, mes parties, un livre, mon livre, moi.

_ « Wouaou !!! » J’exalte, enthousiaste.

_ « Ah ! la première fois, ça décoiffe c’est sûr. »

_ « C’est génial, j’arrive pas à le croire »

_ « Bon alors, vous racontez quoi ? »

_ « Je me raconte moi, enfin je veux dire, c’est ma vie, ma vie de moi quand j’étais moi, mais en être humain quoi. »

_  « Alors, vous êtes une biographie ? »

_ « Non c’est différent… C’est… »

_ « Une autobiographie ? Dans ce cas, question égocentrisme, y’a pas pire, « eh oh ! Regardez comme ma vie est exceptionnelle », pfff c’est pathétique »

_ « Mais non, je ne suis pas non plus une autobiographie, enfin y’a des choses qui font partie de ma vie mais je suis un roman en fait et … »

_ « Une autobiographie romancée alors ça c’est le comble, en plus de se croire unique on y met les formes…»

_ « Doucement darling, je ne suis pas une autobiographie romancée, je suis un roman tout court, dans lequel je témoigne de ma vision des relations entres les gens en utilisant mes propres expériences. »

_ «  Ah ok vous êtes psychologue, ou ethnologue un truc du genre c’est ça ? »

_ « …. » Je laisse tomber, cette biographie et moi, on n’est vraiment pas fait pour s’entendre. De toute manière, les princesses charmantes, j’ai toujours détesté.

Elle continue de me questionner, mais moi, je fais la sourde oreille.

_ «  Alors, c’est ça, quand on a tort, on se réfugie dans le mutisme ? C’est nul » me dit-elle

J’allais répliquer mais on vient de me retirer de l’étagère, je lui balance : « Apparemment, j’intéresse quelqu’un au moins ! Ah ! ». Elle me répond un tas d’injures indigne d’une princesse, mais je ne les entends déjà plus.

Des doigts fins m’ouvrent en deux, feuillettent mes pages, je n’ai pas eu le temps de voir qui m’a choisi, j’étais trop occupé à faire des grimaces à Diana.

Et hop ! Un petit coup d’œil sur mon derrière, grrrr ! C’est vraiment désagréable, et shplaf ! me voici face contre comptoir. Je sens un truc chaud me frotter le derrière et un « Bip ! ». Ensuite, plongeon direct dans un grand sac. Pour quelqu’un qui ne supporte pas d’être manipuler, je suis servi.

C’est reparti pour un voyage, et je peux vous dire que celui-là est le pire de tous. Je me cogne partout. Je totalise une trentaine de coups de genoux de mon acquéreur, cinq pare-chocs de voiture, deux poteaux et bien d’autres choses tout aussi dures. Je crois que je suis blessé sur un angle de mon dos carré. Pour finir, mon voyage se termine dans un vol plané avant de m’écraser littéralement sur une chose molle que je devine être un lit ou un canapé. Et puis plus rien.

Je reste là dans mon sachet qui pue, sans aucune vue sur l’endroit où j’ai atterri. Mais vu comment j’ai été traité jusque-là, je crains le pire. J’espère que je ne suis pas tombé sur un adolescent boutonneux qui s’est mis en tête d’essayer de lire un livre entièrement et qui m’oubliera dans un tiroir au bout de la quatrième page, coincé entre un agenda scolaire d’il y a deux ans, un tube de colle sans bouchon, et des feutres décapuchonnés. Enfin bon, de toute manière, il y a bien longtemps que j’ai décidé de vivre au jour le jour.

Bon, ce n’est pas tout ça, mais je commence à m’ennuyer.

Le temps défile inlassablement, et je sais que désormais, lui et moi allons être d’inséparables associés, il vaut mieux que je m’en fasse un ami tout de suite. D’ailleurs, je commence à m’habituer à cette condition de livres, à cette vie lente et immobile.

Une main curieuse plonge dans le sachet pour m’agripper. Je sors de ma carapace de plastique et je tombe directement nez-à-couverture avec mon propriétaire, ou plutôt ma propriétaire.

Elle me regarde, elle caresse du bout d’un doigt ma couverture, je la regarde aussi.

Faut que je vous la décrive, mais je garde pour moi le vrai portrait.

Elle doit avoir dans les 25 ans, elle est assez mignonne sans être vraiment belle pour autant. Elle a les cheveux bruns foncés, presque noirs, coupés en carré tombant. La pointe de ses cheveux frôlent ses épaules et enveloppent son visage un peu rond. Des yeux noirs de félin sont habillés de grands cils recourbés,  ça lui donne un regard profond qui en dit long.

Au-dessus, des sourcils fins et expressifs font apparaître un caractère bien trempé, ce sont des yeux qui disent « je t’aime » et aussi « Attention danger ». Un petit nez légèrement retroussé essai de se faire discret, on dirait qu’il veut donner plus de valeur aux belles lèvres roses et charnues qui se présentent en dessous de lui. Pour couronner le tout, deux petites fossettes s’exercent à dessiner des sourires sur ce visage déjà accueillant.

Qu’est ce que je suis content. Je crois que je suis bien tombé. J’espère que je vais lui plaire ?!

De ses petites mains douces, elle ouvre la première de couverture, j’aperçois le bout de ses doigts et je constate qu’elle se ronge les ongles. Quand j’étais humain, je détestais ça, mais là ça ne me dérange pas (ben, forcément, en tant que livre…). Elle a beaucoup de charme et je regrette un instant de ne pas être un livre érotique (vestige de testostérone mal réincarné ?).

Si j’avais su que j’aurais une conscience en tant que livre, je n’aurais pas hésité, juste pour le plaisir de l’exciter, de lui faire ressentir des émotions fantasmagorique voir orgasmique. Et moi, il a fallu que j’écrive un livre sur la société et ses comportements, tout ce qui a de moins excitant. Qu’est-ce qui m’est passé par la tête ? J’avais une vie tout entière d’être humain pour faire l’amour et m’amuser et moi j’ai observé les autres pour me comprendre moi-même ? pfff quel naze ! Remarque, si j’avais été un livre érotique, elle ne m’aurait sûrement pas acheté, j’aurais certainement fini chez un pervers, un vieux garçon, ou encore chez un adolescent en quête de « connaissances ».

Ah ! si seulement je pouvais lui dire à ma petite lectrice « Eh ! Fiche le camp, va t’amuser, va voir tes amis, sors, bois, mange, envoie toi en l’air… » Mais bon, je sais bien que ce n’est pas possible, on ne peut passer tout son temps à vivre à fond, sinon on se lasserait, et puis en plus, si elle s’en va, je me retrouve tout seul comme un con.

Non… je ne le crois pas… me voilà encore emballé. Mais c’est une manie chez les humains de tout le temps emballer les choses ou quoi ?!

Cette fois-ci, c’est dans du papier et bien serré. Arrg, je vais être offert en cadeau. Et moi qui pensais à ces soirées de lecture nocturne avec elle…

Je vous épargne le voyage et ses désagréments, je vous épargne aussi les griffures involontaires que j’ai subi quand ma nouvelle propriétaire a arraché le paquet cadeau.

Je ne vous parlerais que de cette larme coulant sur sa joue fripée, de cette caresse sur ma quatrième de couverture, de cette étreinte quand elle m’a serré contre son coeur dans son torse fatigué et de cette émotion silencieuse enrobée dans un soupir abyssal. Mon destin de livre se résume à ça. J’aurais vécu tout ce périple pour vivre ce moment si particulier. Je me sens un pouvoir, je me sens important, je me sens vivant dans ses yeux mouillés.

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