Le nœud de cravate

Des horizons se vident dans les lignes de fuite. Floué par son regard perdu dans ses pensées, un homme se crispe.

L’envie de détester le monde, de ronger ses acrimonies dans une haine sourde.
Du dégoût des humains, lentement il franchit, les portes de l’amer.

Puis non, arrêter de macérer tout ça, vouloir le crier à la mer, du haut d’une falaise, que sa douleur s’évapore dans la bruine de l’océan.

Les gens ne sont que des gens avec leurs névroses et leur destin. Pourquoi serait-il différent ?

Toujours la même histoire, des introspections inutiles desquelles il tire des raisonnements qui lui sied. On est jamais mieux asservi que par soi-même, la preuve, à presque trente-cinq ans, il en est encore à ruminer sur son sort.

Cette aigreur soudaine née de presque rien. Juste de la vision de ce père réajustant le col de veste de son fils, lui resserrant son nœud de cravate avant de lui intimer quelques conseils. Une scène anodine dans le métro, mais les voir ainsi dans leur complicité logique, a replongé cet homme dans ses tourments. Un père aimant…

La vie, parfois espiègle, se rit de nos simulacres, et nous ramène sans cesse à son dessein premier, être aimé.

Il les regarde s’éloigner. Le père débite des paroles rassurantes à son fils, qui, les joues rouges, l’air un peu perdu,  marche maladroitement dans ses chaussures de ville. On sent qu’il n’a pas l’habitude d’en porter.

La sirène qui annonce la fermeture des portes, résonne dans sa tête comme une rémanence triste, le chant du routinier.

Le bruit des machines enveloppe le silence des gens autour. Il les regarde et il les voit.

On se rend compte du monde quand on y prête attention. On se rend compte de sa diversité, de ces millions de destins, de cette population qui s’affaire à vouloir être heureuse, à vivre simplement.

Dans sa poche, son téléphone vibre. Sur l’écran lumineux, un mot est écrit : « bisou ». Elle aime bien lui faire un petit signe sans fioritures, lui, trouve ça mignon, ça lui fait toujours esquisser un sourire.

« Finalement, nous ne sommes pas si seuls que ça. » se dit-il.

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Une réflexion sur “Le nœud de cravate

  1. Je crois dans l’absolue solitude des êtres que nous sommes. Au cœur de l’indicible, c’est là que l’on se trouve, au sein de nos embruns, ces poussières de nous-mêmes qui volettent tout au fond. Miettes, perles ou scories nées de l’usure de soi et qui s’envolent au moindre souffle d’un sentiment…
    Et quel que soit le sourire d’une mère, quel que soit la mise d’un fils réordonnée par un père, quel que soit l’acte que l’on voit au-dehors et qui nous renvoie au-dedans, c’est à cette solitude qu’il renvoie : à cette atmosphère faite de bribes indicibles. Toujours là, latente, comme tapie dans l’attente de surgir, ironique ou complice, mais qui se tait. Elle ne sait que se montrer…
    Il m’est avis que c’est dans l’art qu’elle se montre au mieux de son entièreté : des couleurs et un trait, un coup de burin plus ou moins appuyé, une mélodie inédite, un entrechat, un focus argentique, un plan-séquence…ou des mots qui s’enchaînent ou s’interdisent, qui disent sans dire, pour effleurer et séduire ; inventant, décrivant ; invitant à visiter l’horizon de nos entrailles, sans brusquer…à peine une atmosphère. « Elles viendront, les terreurs !… Mais non sans délicatesse. »
    On ne peut dire sa solitude sans se poétiser. « Quelques demi mots, comme un voile à nos amertumes. »
    Tu y réussis.

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