Dans vos yeux

Je sens sur ma bordure que les lettres gravées qui me dominent se sont écaillées.

Gravées dans le métal, les arabesques boursoufflées, les dorures et les icônes qui m’encadrent, se sont brunies, patinées.

Posé sur un trépied, je me dresse bien droit, avec une vue panoramique sur l’ensemble de la pièce que l’angle dans lequel je suis posé, me permet d’observer.

Au travers des fenêtres qui louchent sur moi, la lumière invasive et crue vient donner plus de sens à mon existence.

Certains se sont perdus à trop me contempler. A moins que ça ne soit eux qu’ils admiraient, je ne sais plus.

J’aime à les regarder se dandiner devant moi. Des pieds à la tête, sous toutes les coutures, en grimaces, ou en ventres rentrés.

J’ai cette fonction, la réalité.

On a beau dessiner des sourires et des regards de convenances, jouer les courtisans, et se courber en révérences.

La conscience est bien la seule incorruptible, la dernière à qui on ne la fait pas. Elle ne vous regarde pas forcément, ni ne vous fait la morale, mais quand vous vous adressez à elle, que vous l’implorez fiévreusement, c’est là, qu’elle se montre la plus impartiale, aucune indulgence de sa part. C’est pour ça que j’en ai fait ma compagne.

De ceux qui ont voulu la tromper, beaucoup en sont devenus fous. Des agonisants gisant sur leurs mensonges, à pleurer sur des remords ou des excuses qu’ils s’étaient inventés. Je le sais, j’en ai vu tellement se confier à moi.

Je suis celui qui vous jette vous-même à votre propre gueule si je puis dire. Ne vous y trompez pas, je le vois dans vos yeux, vos non-dits, vos tromperies. C’est bien d’âme qu’il s’agit, et mon courroux se nourrit dans vos pupilles fébriles, sombres et apeurées. Des yeux sans cesse en mouvement, des micros mouvements qui vous empêchent de vous voir vraiment, mais quand ils se fixent, ça fait comme un plongeon dans des abîmes de vérités. Ça le fait quand vous vous approchez très près de moi. Je les vois ces pupilles qui se dilatent. On dirait qu’elles s’ouvrent, qu’elles m’autorisent. Et je lis dedans.

La mise à nu de vos refus. On ne se trahit pas qu’à moitié.

On se sait des choses intimes vous et moi. Du pas glorieux, du triste au pervers, des trucs moches et de l’inavouable.

Je me demande comment vous dormez pour certains avec vos souvenirs de poignards. Je ne vous parle pas de lames en vrai, mais des blessures infligées, aux innocents moins affutés. Aux candides souriants qui, dans leur délire de bonheur, se rêvent néo-rebelles dans leur insolente béatitude. Et qui se sont laissés piéger dans vos ambitions maladives, ou votre aigreur d’humain paumé.

C’est une amante difficile, l’intégrité. Seuls ceux qui ne veulent pas la séduire obstinément, l’apprivoisent nonchalamment.

Puis, on se découvre à vouloir s’aimer. A se trouver quelques avantages. Même si je vous semble froid, je n’aime pas quand parfois vous vous frappez le ventre comme pour vous le faire disparaître. Ça me fait mal de devoir vous montrer tel que vous êtes. Même quand vous êtes nu comme un ver, à rester immobile à vous pincer ici et là.

Je finis par me croire un peu philosophe, à me dire que peut-être, se voir c’est s’aider à s’accepter…

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