L’obèse

Oui elle était grosse.

Ce n’était pas quelque chose de facile à supporter. Ses chevilles la faisaient souffrir, l’été était un véritable calvaire, marcher longtemps… un gros effort.

Se cacher, disparaître, n’être qu’au service de ses trois enfants et d’un mari qui ne la regardait plus depuis longtemps. Pour elle, ce n’était pas un sacrifice, plutôt un devoir, un échappatoire. Puisque le monde n’acceptait pas les gens comme elle, elle serai seulement elle pour son petit monde. 120 kilos de cœur, de tendresse, d’âme, de larmes souvent.

Elle a toujours été un peu boulotte, c’est vrai. Mais, après ses multiples grossesses, les choses ont empiré.

Ses trois enfants ne voyaient en cette mère que l’affection, l’amour sans borne qu’elle leur offrait. Les kilos n’étaient que du confort où ils aimaient se perdre dans un câlin rassurant.

« L’enfer, c’est les autres », quoi de plus vrai. Les gens sont cons, d’une méchanceté sans borne. Des abrutis au service de leur égocentrisme. Jugeant, critiquant, se moquant de ceux qui sont différents pour tromper leur mal-être. Ils se disent qu’ils valent mieux que ce gros tas de graisse.

Elle subissait au quotidien les railleries de ses contemporains. Ceux là-même qui se retournaient en ricanant, qui s’indignaient qu’elle puisse manger dans un restaurant, comme si les gros n’avaient pas le droit de se nourrir.

Les soupirs de dédain en fixant les enfants, comme s’ils étaient malheureux d’avoir une mère obèse.

Le traumatisme, ce n’était pas qu’elle fut grosse, c’était le souvenir de tous ces regards inquisiteurs.

Les « regarde moi ça ! » à peine murmuré. Des gens qui devaient se dire « Comment peut-on être aussi gros ? », « Elle n’a qu’à faire un régime » et bien d’autres préjugés et moqueries plus connes les unes que les autres.

Ils n’avaient pas à subir la voix étouffée d’une femme au bord des larmes qui feignait d’être bien. Marchant droit, le regard fixe, pressant le pas pour disparaître à nouveau…

Alors pour ne plus faire « honte » à ses enfants, elle s’est séquestrée elle même. S’occupant de sa maison, d’elle, de sa petite famille. Ici, elle respirait à plein poumons. La liberté de vivre simplement.

Être obèse, n’est pas une panacée pour celui qu’il l’est. La voir transpirante, dans ses guenilles vieilles de vingt ans, à se mouvoir difficilement mais toujours souriante en nettoyant l’appartement impose un amour infini, et une profonde tolérance.

Il a fallu qu’elle divorce et que ses enfants soient émancipés pour que la magie opère. Comme si le poids de ses soucis s’était ancré dans ses bourrelets. Elle a fondu, beaucoup, rapidement.

Aujourd’hui, elle découvre le plaisir simple de se maquiller, acheter une robe, sortir avec des amis. Ça n’a l’air de rien, mais pour elle c’est plus que la vie.

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